Concert revendicatif du 30 avril en soutien au CCN de Montpellier

Cécile Atlan, comédienne, metteure en scène, occupante du CCN

Vendredi 30 avril 2021, le SAM-OLR CGT et le SFA CGT ont organisé un concert revendicatif sur le parvis de l’Opéra Comédie de Montpellier, en soutien aux lieux occupés.

L’Orchestre a rassemblé 55 musiciens ( orchestre de Montpellier, enseignants, intermittents, grands élèves) et une quinzaine de chanteurs, dirigés par Magnus Fryklund, chef assistant de l’Orchestre national de Montpellier.

3 prises de paroles ont eu lieu, ponctuées par Les toréadors et la Farandole de Bizet et le 2nd mouvement de la 7ème symphonie de Beethoven. Pour finir, les artistes ont entonné El Pueblo unido, suivis par le public nombreux sur la Place de la Comédie.

https://fb.watch/5fNRtecdSY/

PRISE DE PAROLE SNAM-SFA

Opportunisme : nom masculin : Comportement ou politique qui consiste à tirer parti des circonstances, en transigeant, au besoin, avec les principes, y compris moraux.

         Comment qualifier autrement un gouvernement qui, lors de la plus redoutable pandémie éprouvée depuis un siècle, profite de la situation en accélèrant la destruction des conquis sociaux initiée par les dirigeants  en place depuis de nombreuses années ? Nous parlons bien du terme de conquis sociaux, dont l’auteur ministre du travail et de la sécurité sociale et militant CGTiste  Ambroise Croizat, affirmait dans une exhortation restée célèbre :” ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux parce que le patronat ne désarme jamais”. 

         En 2021, au bout d’un an de pandémie, 360000 emplois détruits, 250000 postes menacés en 2021 (selon le gauchiste journal Capital), ce gouvernement a donc jugé prioritaire de faire passer une réforme de l’assurance-chômage qui précarisera 1,15 millions de personnes dès le 1er juillet, sans compter les exclusions et les retards introduits par les nouvelles règles d’indemnisation. 

         Ce gouvernement laisse dans une incertitude totale les travailleurs et travailleuses précaires (évènementiel, restauration, éducation, etc…), les intermittentes et intermittents de l’emploi et les étudiantes et étudiants quant à leur avenir professionnel, sans les indemniser d’un centime. 

         Ce gouvernement ne donne aucune réponse satisfaisante surla prolongation de l’année dite« blanche » pour les intermittentes et intermittents du spectacle, empêché(e)s de travailler pour les moins favorisés d’entre elles et eux depuis plus d’un an. Ce gouvernement méprise les acteurs de l’enseignement artistique. Les écoles sont rouvertes, mais les élèves sont toujours priés d’apprendre leur instrument de musique par écran interposé jusqu’à une date non communiquée. Mépris ou incompétence ?

         Enfin, ce gouvernement par l’entremise du ministère de la culture lance des missions centrées sur l’opéra et la musique symphonique en France, laissant craindre une précarisation de nos métiers pour des motifs « économiques ». Chaque jour ce gouvernement ne cesse de démontrer que l’ « en même temps » n’est qu’un faux-semblant pour appliquer autoritairement une politique qui n’est ni de gauche, ni de gauche mais bien ultra-libérale, aveugle, inhumaine (et pourtant de manière bien provocante parfaitement satisfaite d’elle-même).

         En signe de protestation contre ces mesures destructrices et anticréatrices, cet orchestre symphonique éphémère, composé de musiciens et musiciennes professionnels permanents et intermittents, d’étudiantes et d’étudiants, enseignants et enseignantes, est venu vous crier musicalement

« NOUS NE SOMMES PAS D’ACCORD !» 

Nous ne sommes pas d’accord et nous exigeons :

-L’abandon total et définitif de la réforme de l’Assurance Chômage.

-Un plan de reprise de l’activité pour soutenir la politique culturelle, l’emploi des artistes et des techniciens intermittents du spectacle, y compris les jeunes, et l’activité des autrices et auteurs. plan qui ne se limite pas à une réouverture partielle jusqu’à l’automne. 

-La garantie de tous les droits sociaux, en commençant par l’accès au congé maternité et maladie, et en soutenant les institutions sociales du spectacle;

-La prolongation des droits à l’assurance chômage pour toutes et tous, y compris les entrants. 

Ce que nous défendons, nous le défendons pour toutes et tous

Pour terminer voici quelques mots pour introduire l’oeuvre que le chef d’orchestre Carlos Kleiber qualifiait de « véritable hymne national de la France » :

« Ce qui est contraire est utile, et c’est de ce qui est en lutte que naît la plus belle harmonie »

Héraclite

Texte écrit et dit par Benoit Levesque ( SAM-OLR) et Julie Cucchiaro (SFA)

Prise de parole du Synavi ( syndicat national des arts vivants)

Depuis le 4 mars et malgré la forte mobilisation unitaire des acteurs culturels, nos revendications sont restées sans réponses. Des théâtres sont occupés un peu partout en France, plus de cent à ce jour.

Partout, des assemblées permettent d’ouvrir en grand la réflexion, autour de nos métiers et de la nécessaire refondation de notre secteur, mais aussi au-delà. Les enjeux de cette mobilisation ne sauraient se résumer, comme certains mots d’ordre le laissent croire, à la réouverture des lieux, sans ou avec calendrier concerté. Parce que nos situations sont précaires, nous sommes aussi aux côtés des plus précaires, des soignants, des enseignants, des intérimaires, des salariés à temps partiel, des étudiants. La lutte est aussi contre la réforme générale de l’assurance chômage.

Nous savons que la réouverture nécessaire des théâtres ne suffira pas. Elle doit d’abord être conditionnée par une relance durable des activités artistiques et culturelles et de la possibilité pour tous d’y accéder.

Que seront les théâtres ré-ouverts s’ils ne sont pas en état d’accueillir toute la diversité des propositions de création ? Si cela conduit à remettre en cause des emplois et des droits sociaux des artistes et des techniciens ?

Ce qui doit s’ouvrir dans les lieux d’art et de culture, ce ne sont pas seulement les guichets et les campagnes d’abonnements, c’est une présence, une vie artistique renouvelée, dans ses manifestations multiples et fécondes.

Ce qui doit être rejeté, c’est le renfermement dans des modes de fonctionnement opaques,sélectifs, discriminatoires, non respectueux de l’égalité et des droits culturels des personnes ;c’est la course à la rentabilité et à la marchandisation de la création, c’est le repli de l’activité artistique et culturelle dans des lieux sanctuarisés par temps de crise sanitaire, écologique et sociale.

Ce qui doit être relancé au-delà de la réouverture, c’est la capacité des artistes et de leurs équipes administratives et techniques à contribuer à la vie culturelle, à inventer d’autres rencontres et processus de création avec les citoyens de toutes générations, dans tous les lieux et par tous les temps.

Ce qui doit être développé et soutenu, aussi, ce sont les espaces multiples et intermédiaires,les interstices créatifs où les équipes artistiques vivent, créent, produisent dans une relation de proximité aux habitants,à leur entourage,à leur territoire.

Ce qui doit être pensé, c’est la possibilité de faire exister cette relation ténue mais essentielle,dans les lieux divers, les lieux de vie, de travail, d’éducation, de l’éducation populaire, etc…

Pour cela, le SYNAVI, aux côtés d’autres organisations professionnelles, demande:

  • un plan de relance massif pour l’emploi pour permettre de rémunérer au juste prix les répétitions, résidences, temps de recherche, entraînements des équipes artistiques;
  • un calendrier concerté de la réouverture des lieux, théâtres, chapiteaux, salles de concert et espace public ;
  • un soutien massif à tous les lieux et toutes les structures, quels que soient leur taille et le territoire, pour accueillir des spectacles et des artistes;
  • la prolongation de l’année blanche pour les intermittent·es artistes et techniciens d’une année après la réouverture totale des lieux artistiques et culturels et la prise en compte immédiate des primo entrantes, en particulier les jeunes professionnel·les ;
  • un soutien urgent aux organismes sociaux du secteur culturel: CMB, AFDAS et Audiens;
  • la création d’un revenu minimum pour les étudiants
  • le retrait de la réforme de l’assurance chômage.

Plus que ré-ouvrir, nous voulons un nouveau “paradigme” pour une politique culturelle plus juste, équitable et durable, que cette crise soit l’occasion d’inventer de nouvelles solidarités professionnelles et une place nouvelle pour l’art dans la société.

Refondre pour que l’inexorable printemps ne soit pas l’hiver des artistes et des compagnies.

Texte dit par Sandrine Lemétayer