Happening 26 mars devant l’Opéra Comédie

Vendredi 26 mars, à l’occasion de la récupération de la banderole intersyndicale ( CGT Spectacle, SAM-OLR, SFA, SYNAVI, SMA, Fédération des arts de la rue) déployée sur l’Opéra Comédie de Montpellier et destinée au CCN, le SAM-OLR a fait une prise de parole, ainsi que le SFA et la CIP. Un quatuor de cuivres de l’Orchestre national de Montpellier, composé de Jean-Charles Masurier, Dominique Bougard, Thomas Callaux et Tancrède Cyberman, a ponctué l’intervention d’intermèdes musicaux.

PRISE DE PAROLE DU SAM-OLR

“Le combat actuel, mené dans plus de 90 lieux culturels de France chaque jour de plus en plus nombreux, est historique. Non, notre lutte n’est ni inutile ni dangereuse. Elle vise à servir l’honorable cause de rendre à toutes et tous la Culture conçue, interprétée dans l’instant par les êtres humains que nous sommes, sous toutes les formes du Spectacle Vivant. Le monde culturel subit cette situation attentatoire aux libertés depuis plus d’un an pour les moins favorisés d’entre nous, abusivement et contre toutes formes de logique ou de preuves scientifiques et sanitaires.

Les membres du SAM-OLR, reliés au SNAM et à la CGT Spectacle sont des musiciennes et musiciens permanents, intermittents et enseignants. Nous sommes empêchés d’exercer le cœur de nos métiers, car nous sommes coupés du contact avec le public et de certaines catégories de nos élèves. Nos écrans numériques ne sont qu’un palliatif provisoire et insuffisant…. pour paraphraser le chef d’orchestre roumain Sergiu Celibidache, c’est de la Culture « en conserve ».

S’ajoutent à ces situations kafkaïennes une nouvelle donnée, inquiétante pour l’avenir de nos métiers. En effet le ministère de la culture a lancé 2 missions concernant les maisons d’opéra et les formations symphoniques en France. Dans ces missions, des termes relativement flous sont employés, relatifs aux modèles « économiques ». Le travail nécessaire à la production et la création d’une œuvre étant incompressible et ne recherchant pas la rentabilité mais la qualité, nous sommes en désaccord avec cette vision qui laisse entrevoir une future précarisation de nos professions ainsi qu’une poursuite accélérée de la casse culturelle déjà engagée depuis de nombreuses années, à l’instar de la casse du système hospitalier et de l’éducation nationale…

La France est le seul pays à accorder un statut particulier à ses artistes et à ses techniciens et techniciennes, c’est à dire un régime d’assurance chômage qui prenne en compte les caractéristiques qui font partie des activités de création, de production et de représentation des spectacles. Ce régime a un nom : l’intermittence du spectacle. Sans les intermittentes et les intermittents du spectacle, nos salles, théâtres, cinémas et festivals ne pourraient fonctionner. Personne pour allumer les projecteurs, jouer un set de jazz dans un club, construire des décors, maquiller Jean Dujardin etc etc… Oui mesdames et messieurs, ces centaines de milliers d’emplois indispensables à la culture sont souvent (parfois toujours) assurés par des intermittents et intermittentes du spectacle. On peut donc à juste titre considérer ce régime comme partie intégrante de l’exception culturelle française. L’actuel statut des intermittents du spectacle est le produit d’un combat, et ce n’est pas un privilège. Il serait infiniment dommageable que les réformes de l’assurance chômage amorcées par le gouvernement aillent jusqu’à leur terme, et ce pas uniquement pour les professions du spectacle mais pour l’entièreté du monde du travail.

C’est pourquoi nous réclamons:

-La prolongation de l’ « année blanche » d’une année supplémentaire à partir de la fin de la Période d’Impossibilité de Travailler pour les intermittents et intermittentes du spectacle, et l’élargissement des indemnisations à tous les intermittents de l’emploi des autres secteurs tels que l’évènementiel, la restauration, l’hôtellerie, le tourisme, les saisonniers…

-L’abandon total et définitf de la réforme de l’Assurance Chômage.

– La réouverture conjointe de tous les lieux culturels qui sont et restent nos outils de travail, en application des protocoles sanitaires largement travaillés.

-Un véritable service public de la culture, porté par une ambitieuse et réelle politique culturelle de relance, accompagnée d’investissements financiers concrets, car la Culture est un bien public.

-Des mesures d’urgence pour garantir l’accès aux congés maternité et maladie pour toutes les travailleuses et travailleurs en emploi discontinu

Ce que nous défendons, nous le défendons pour toutes et tous !

Pour conclure, nous souhaitons attirer l’attention générale sur la dégradation délétère de la santé mentale de nos concitoyens, dont les troubles liés à l’anxiété ont doublé en un an ( une personne sur trois chez les étudiants). Alors que les services hospitaliers de psychiatrie débordent et que les psychiatres et pédopsychiatres ont d’interminables listes d’attentes, interrogeons-nous sur la part que peut avoir la fermeture de nos lieux culturels dans la souffrance psychologique qui ne cesse de grandir. L’Art et la Culture peuvent aider à apaiser la souffrance et jouer un rôle cathartique. Très lourde sera la responsabilité de l’Etat quand sera venue l’heure du bilan et qu’on constatera que, non, tout n’a pas été fait pour permettre à la population de mieux affronter cette terrible épreuve.

Comme le dit le neuropsychiatre Boris Cyrulnik : « On ne peut pas vivre sans les autres. Je ne peux devenir moi-même que parce que vous êtes là. ». Laissez-nous redevenir nous-mêmes !

Benoit Levesque