Valérie Chevalier : “Il faudrait enfin arrêter de naviguer à vue” (Midi Libre.fr)

La directrice de l’Opéra national de Montpellier se dit pas du tout rassurée par l’exécutif.

Comment avez-vous reçu les annonces présidentielles ?

Je suis ravie pour les intermittents mais pour le reste, c’est indigent. On a l’impression que le Président découvre ce que l’on faisait déjà. L’éducation artistique et culturelle représente 25 % de l’activité des structures culturelles. Jouer de la musique dans les quartiers, on le fait aussi. Quant aux commandes d’état, c’est un dispositif qui existe à l’échelle nationale et des régions. La nouveauté, c’est qu’il est relancé pour les moins de 30 ans. Et que feront les autres artistes ? On a surtout besoin qu’on nous dise : ” Vous pouvez y aller, vous prenez vos responsabilités, vous accueillez le public selon les préconisations sanitaires, vous remettez au travail les artistes, les personnels et on avance.” Là, on n’a aucune idée de rien. On nous demande simplement d’être créatifs. Mais avec les baisses de budget, on l’est depuis un moment, créatifs ! Bon, on va quand même attendre les précisions du ministre de la Culture.

Sur le fonctionnement des théâtres, il y a déjà les préconisations sanitaires du professeur Bricaire.

C’est un truc impraticable, impossible à mettre en place. Il y a aussi un document de la direction de la création artistique un peu plus réaliste. Lequel va prévaloir ? Si Bricaire l’emporte, une grande partie de nos équipes artistiques resteront à la maison pendant des mois. Les théâtres ont besoin de chiffres pour organiser l’accueil.

Travaillez-vous tout de même sur la prochaine saison, qu’Emmanuel Macron recommande “hors normes” ?

De septembre à décembre, ce ne sera effectivement pas comme on l’avait prévu. Tout a été retravaillé avec des petits formats, des captations, et des tarifs attractifs. Les abonnements ne démarreront qu’à partir de janvier. On prévoit évidemment une réduction de jauge et donc de budget. Un programme est prêt mais on va attendre la mi-juin pour l’annoncer car il risque d’être encore modifié. On veut présenter Aïda à la rentrée, en version semi-stage. Mais c’est une production impliquant beaucoup de monde : 70 choristes, 95 musiciens, plus les solistes. Pourra-t-on l’organiser à l’opéra Berlioz ou carrément changer de programme ?

Le retour à la normale serait donc pour janvier…

C’est l’échéance que beaucoup de théâtres envisagent, avec quand même une interrogation sur la réduction de jauge. Il reste beaucoup d’incertitudes. Le décor de l’opéra Falstaff n’est pas encore décroché. Il faut plus de dix techniciens pour le démonter. On ne sait pas si c’est possible. Il faudrait enfin arrêter de naviguer à vue !

07/05/2020

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